Un an

Un an.

J’ai une copine qui a pour habitude de demander les choses positives qui nous sont arrivées au cours de l’année. Cela correspondait tellement à mon envie que je ressentais la nécessité d’en faire un billet. Et puis ces deniers jours, je n’avais plus en moi d’énergie positive. Trop confrontée à une réalité que je n’ai jamais désiré et qui vous lapide en un dixième de seconde. Et cela m’a ramenée brutalement en arrière. Un an.

Il y a un an, le monde m’était opaque, douloureux, vide. J’étais tellement loin de moi. Nue. Perdue dans l’univers et ce qu’il recèle de plus effrayant. Mon pauvre corps essoufflé, nu, gesticulant dans la voie lactée. A des années lumières de ce que je craignais d’être. Et j’en voulais à la terre entière, recroquevillée dans une immense douleur si plombante qu’elle m’étouffait. Qu’elle étouffait celle que je voulais être. Que j’ai toujours été. Que je serai toujours. Mais des fois, on s’oublie parce que c’est ce qui nous apparait être le plus commode. Et souvent c’est le choix le plus viable qui s’offre à nous. Et pourtant, j’allais mieux. Il ne me restait qu’un pas vers moi. Mes jambes se pulvérisaient à la moindre tentative. Mais je m’y prenais mal, j’exprimais et ne reproduisais que ce que j’exerce de ce que nous avons fait de ce monde. Je ne voulais pas être amoureuse mais ne pouvais pas y renoncer pour autant. Ma copine m’avait quittée, j’étais dans une rage folle. Mais je ne savais pas encore très clairement que c’est à moi que j’en voulais. J’étais face à ma liberté et ne savais où aller.

J’étais face à ma liberté et je ne savais pas qui j’étais. Le jour où j’ai accepté de me rencontrer j’ai découvert l’univers. Je me remercie tant de m’avoir fait confiance et de ne plus avoir peur. Parce que ma vie, ce que j’en fais, ressemble à ce que j’espérais lorsque j’avais 15 ans. Je me suis réellement reprise là où je m’étais laissée.

2017, l’année de tous mes possibles. J’ai enfin fait mon coming in. Cette joie extrême d’être gouine, c’est proche de l’ivresse. L’ivresse de la possibilité d’être qui je suis. Je n’ai plus eu peur de me regarder, ni de regarder la femme que j’aime.

Et puis, il y a eu Wittig. Monique Wittig ! La pensée straight a complètement révolutionné mon être. Tout ce que je ressentais, pressentais, était formulé de manière claire, évidente et m’invitait à me déconstruire sans être pétrifiée par ma peur. Monique Wittig m’a sauvée. Vraiment. Elle m’a autorisée à me reconnecter avec moi même (un peu comme mon amoureuse). Féministe et lesbienne. Lorsque j’ai lu « la lesbienne n’est pas une femme » j’ai été propulsée dans les profondeurs de l’univers. Et j’ai assisté à une AG féministe. La première fois où j’ai assisté à une Assemblée Générale Féministe.

wittig.png

C’était un dimanche. Je ne connaissais personne. Je ne savais pas comment cela fonctionnait. Je ne comprenais pas tout ce qu’il s’ y disait. Mais j’ai ressenti l’apaisement d’être avec des personnes qui te comprennent. Même si tu ne les connais pas. il y avait des choses dures, lourdes, pesantes, violentes. Et une extrême bienveillance se dégageait de tout cela. Un truc totalement révolutionnaire qui n’existe nulle part ailleurs. Peu importe qui tu es, on t’écoute. On te laisse la possibilité de dire ce que tu as à dire. C’était révolutionnaire pour moi et ça l’est toujours. Même si c’est imparfait et que cela n’évite pas des conflits quelques fois, le féminisme est ce qui me permet plus que tout, y compris plus que la philosophie ou le cinéma, de donner vie à un flamboyant espoir.parce que le féminisme c’est tout cela à la fois. Le féminisme n’était plus une honte, ni un fantasme. Ce n’était plus une chose posée là, extérieure à moi même. je ne voyais plus l’autre comme une menace. Le féminisme m’a réconciliée avec le monde. Et j’ai rencontré des personnes exceptionnelles.

Ces derniers mois, l’actualité nous a permis de nous découvrir à nouveau. On fait des rencontres épatantes avec le féminisme. Une nouvelle AG, de nouvelles perspectives, la matérialisation d’un désir commun qui se nourrit de chacun・e・s de nous. Et la possibilité de l’action. Se connaitre c’est apprendre de quoi souffre le monde dit Jung. J’ai ressenti cette souffrance commune mais sans qu’elle m’engouffre. C’est lumineux le féminisme. Et l’entraide n’est pas qu’une idée. Parce que maintenant, peu importe ce qu’il se passe, je sais que je ne suis plus seule. Je ne savais pas à quel point nous en étions encore là. Mais je n’osais imaginer, même dans mes rêves les plus fous, que nous serions capables de tant. Et tant encore.

Et puis il y eut Françoise. Françoise d’Eaubonne. Ma révélation de ces dernières semai

AVT_Francoise-dEaubonne_3182.jpgnes. Co-fondatrice du MLF, puis du FHAR ( Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire). Elle est à l’origine de l’EcoFéminisme aussi et du terme phallocratie. Sa pensée est tellement fine qu’elle est visionnaire. Elle a écrit plus d’une centaine d’ouvrages, a mené des actions révolutionnaires avec humour et légèreté. On doit tellement à Françoise. Et pourtant, elle a fini seule, oubliée des féministes et LGBTI. C’est aussi cela les luttes quand elles cessent d’inventer de nouvelles possibilités. Elles retombent dans l’horreur de nos réalités institutionnalisées. Je suis pleine d’espoir parce que tout est à faire et que nous avons toujours la possibilité de créer ce qu’il nous manque. C’est cela la liberté et le pouvoir qu’ils n’auront jamais. Et, je ne suis plus seule.

J’ai appris à avoir moins peur. A vivre avec les autres. A parler en public. A défendre mes idées, à écouter celles des autres. A ne plus considérer l’autre comme un ennemi. J’ai grandi sans devenir adulte. Parce que c’est moisi les adultes. Et j’écris, je filme, je ne suis plus mon entrave. J’ai de nouveaux projets, des désirs neufs. Et, je ne suis plus seule. Nous ne sommes plus seul・e・s. Il y a l’intersectionnalité, cette notion si capitale, qui me permet d’avancer, de me remettre en question et de me déconstruire toujours plus. Je veux changer le monde et nous y parvenons chaque fois que nous ne suivons pas les règles du système oppressif. « Tu veux un monde meilleur, plus fraternel, plus juste ? Eh bien commence à le faire : qui t’en empêche ? Fais-le en toi et autour de toi, fais-le avec ceux qui le veulent. Fais-le en petit, et il grandira. » C. Jung

J’apprends à ne plus vouloir être parfaite et accepter de ne pas l’être. C’était bien 2017. Avec mon amoureuse on apprend à vivre et inventer  un avenir commun. Oui, c’était bien 2017 !

Je nous souhaite plein d’espoirs, d’actions, d’amour, de féminisme. Je voudrais que le monde soit un instant féministe. Une éternité. Parce que le féminisme est l’humanisme le plus révolutionnaire qu’il soit.

le féminisme ou la mort couv.jpg

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s