Tous les hommes cis sont des salauds

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Tous les hommes cis sont des salauds.

« Les méchants n’existent pas ; les salauds sont innombrables. Voilà ce qu’il faut essayer de comprendre. »(André Comte Sponville, Le goût de vivre et cent autres propos)

Octobre 2017, la parole des femmes se libère. Elles osent parler, cela est sensationnel, les médias s’en emparent. Le #Me Too comptait déjà 31000 partages le lundi matin 16 octobre 2017. Il est devenu viral et a inondé nos médias, nos vies, nos rues, nos souvenirs, nos corps, nos cœurs, nos souffrances, nos solitudes. Il nous a permis de nous réunir et découvrir. Comme si nous ne savions pas encore ce que notre genre était, son histoire, ses causes, et les conséquences. Comme si nous ne savions pas que, ce que nous avions vécu, d’autres l’avaient vécu, le vivaient et le vivront encore tant que rien ne changera. Comme si nous ne savions pas que le féminisme est une nécessité vitale. Françoise d’Eaubonne disait  » Le Féminisme ou la Mort ». L’une des plus belles phrases que j’ai lues.

Lire des féministes, se référer à son vécu, à ses propres injustices, violences et trauma causés par des hommes cis est une chose. Les voir s’incarner dans d’autres en est une autre. Tant que cela ne concernait que ma personne c’était supportable et pas si grave au fond et presque accommodable. Tant qu’il n’y avait que ma douleur ce n’était pas si important. J’ai vu la douleur et la souffrance dans tou・te・s les autres.

J’ai entendu des jeunes filles parler de leurs  viols. J’ai entendu la violence et la répression subies par les trans. L’indescriptible mépris et violence quotidienne des travailleuses du sexe. L’étouffement des  racisé・e・s. J’ai vu des femmes pleurer et culpabiliser encore de ce qu’elles avaient vécu. J’ai vu des femmes  âgées descendre pour la première fois dans la rue. J’ ai vu des personnes qui n’arrivaient pas à parler mais qui étaient là. J’ai entendu des personnes dire :  » je suis là mais je ne suis pas féministe ». Et de partout étaient inscrit « mon père, mon copain, mon frère, mon mari, mon oncle, mon voisin, mon ami ».

Au milieu de tout cela il y avait des hommes cis présents et dont les médias accouraient vers eux comme s’ils venaient de sauver l’humanité. Et parmi ces même hommes cis, il y avait des agresseurs. Mais déjà il fallait être conciliante et ne pas dire que tous les hommes cis sont des salauds et c’est encore  à nous de ne pas faire de vagues et d’accepter la présence des hommes cis parce qu’ils ne sont pas tous comme cela.

Être méchant c’est vouloir le Mal pour le Mal, une pensée largement partagée de Platon à Kant et que je partage également. Lorsqu’une personne en vole une autre c’est en vu du bien dérobé parce qu’il va lui procurer un avantage et du plaisir. Un・e  meurtrier・e tue parce qu’il est bon de se venger, d’éliminer un・e rival・e ou de mettre fin à une souffrance causée par ce・tte dernier・e. Même les nazis ne faisaient pas le mal pour le mal, mais en vu d’en obtenir un bien. Même le sadique  agit en fonction du plaisir qu’il va ressentir. On ne fait le mal qu’en vu d’en obtenir un bien, celui ci n’étant qu’un moyen jamais une fin.

Cependant, cela n’est pas une raison suffisante ni une excuse et encore moins un passe droit pour ne pas endosser ses responsabilités. Parce que c’est de cela qu’il s’agit. Si le méchant veut le mal pour le mal quelle est donc cette autre catégorie ? Sartre la nomme le salaud et en fait même une catégorie philosophique. Le  salaud c’est celui qui fait le mal pour son bien à soi. « Le salaud, ce serait donc l’égoïste ? Point tout à fait ni seulement, car alors nous le serions tous. Tout salaud est égoïste  (même si cet égoïsme se masque derrière le dévouement à une cause ou à un Dieu), mais tout égoïste n’est pas un salaud. Le salaud, c’est l’égoïste sans frein, sans scrupule, sans compassion. » (…) Le salaud, c’est celui qui est prêt à sacrifier autrui à soi, à son propre intérêt, à ses propres désirs, à ses opinions ou à ses rêves.

(…) Le salaud, au sens sartrien du terme, c’est celui qui se croit, qui se prend au sérieux, celui qui oublie sa propre contingence, sa propre responsabilité, sa propre liberté, celui qui est persuadé de son bon droit, de sa bonne foi, et c’est la définition même, pour Sartre, de la mauvaise. Le salaud, au fond, c’est celui qui se prend pour Dieu (l’amour en moins), ou qui est persuadé que Dieu (ou l’Histoire, ou la Vérité)  est dans soncamp et couvre, comme on dit à l’armée, ou autorise, ou justifie, tout ce qu’il se croit tenu d’accomplir. Saloperie des inquisiteurs. Saloperie des croisés. Saloperie du « socialisme scientifique » ou du « Reich de mille ans ». Saloperie, aussi bien, du bon bourgeois tranquille, qui vit la richesse comme son essence et le capitalisme comme un destin. Saloperie de la droite, disait Sartre (« de droite, pour moi, ça veut dire salaud »), ce qui illustre assez bien une certaine saloperie de gauche. Le salaud, c’est celui qui a bonne conscience. C’est « l’ayant-droit », comme dit François George dans ses Deux études sur Sartre, autrement dit celui qui est convaincu de sa propre nécessité, de sa propre légitimité, de sa propre innocence. C’est pourquoi aucun salaud ne se croit tel : tous les salauds sont de mauvaise foi, qui ne cessent de se trouver des justifications ou des excuses.(André Comte Sponville, Le goût de vivre et cent autres propos)

Dans Féminin et Philosophie, Françoise d’Eaubonne demande pourquoi le féminin n’est vu que sous l’aspect défavorable, négatif, nocif. Pourquoi la femme n’est elle qu’un homme diminué ou une diminutrice de l’homme  ? Antoinette Fouque affirme  » … On ne naît pas femme, comme le disait également mais d’un point de vue convergent Simone de Beauvoir, on naît petit garçon, ou plutôt petit garçon castré. A partir du moment où les femmes se reconnaissent comme châtrées… elles sont admises, fut-ce négativement, dans l’ordre phallique ».( Lectures de la différence sexuelle).  Les nazis tuaient les femmes et les hommes efféminés, les handicapés, les non blanc. Ce qui est l’Autre. Ce qui représente le  féminin et lui est assimilé : une faiblesse d’esprit et de corps, une dégénérescence du masculin et de l’ensemble des valeurs masculinistes. Le nazisme est la saloperie libérée et exacerbée. Faisant de l’autre le non humain, le méprisable, l’objet. Les illustrations de l’Autre dans le nazisme, oscillent entre l’injure et la fascination, soulignant l’animalité des catégories : le juif ( simiesque, malin, glissant comme l’anguille), le Noir ( simiesque, colossal comme l’éléphant, primitif, près de la nature) et la femme ( singe encore, _singeant l’homme_, féline, chienne, oie blanche, poule dinde, grue, truie, etc.). Le spécisme étant la norme de nos sociétés patriarcales.  Nous élevons des animaux, les maintenons dans des conditions de vie abominables et cruelles et violentes, les abattons et les mangeons. Parce que l’on nous dit que cela est ainsi et nécessaire à notre survie. Pourtant, il y a des personnes qui ne mangent pas de viande et qui ne meurent pas et ne se trouvent pas dans un état de malnutrition pour autant.

La domination masculine est une saloperie moins évidente et visible, mais n’en demeure pas moins une saloperie. En faisant des  femmes , l’autre, un autre  diminué, raillé, caricaturé, dangereux, néfaste, en faisant des femmes un objet, elle s’autorise tout.

Faire de l’autre un objet, permet sa déshumanisation et  confère tous les droits. Réduire une femme à un corps, un objet de désir, un objet de crainte, un objet de fascination, etc. revient au même : c’est un objet pas aussi important et sérieux que le sujet, les hommes. Si c’est un objet, il est à disposition et de fait, donne tous droits sur lui. Si c’est un objet, il ne ressent pas les choses et je ne lui fais pas de mal. « Je suis sauvé », ce disent les hommes ( avec une candeur évangélique) et ce n’est pas grave, j’agis selon un ordre établi des choses. Je ne suis pas responsable, c’est ainsi. Parce que le monde est fait pour les hommes et par les hommes; pour leur assurer la suprématie et l’impunité de leur grandiosité masculine, comme l’appelle Françoise D’Eaubonne.  » les caractéristiques de la grandiosité , pour Alice Miller, relèvent d’une tension continuelle pour assumer, au prix du plus pénible effort, un surmoi toujours plus exigeant.

L’être grandiose « … est admiré partout et a besoin de cette admiration, il ne peut pas vivre sans elle. il doit réussir brillamment dans tout ce qu’il entreprend; il s’admire lui même pour ses qualités; mais malheur si l’une d’elles lui fait défaut; la catastrophe…est alors imminente. Les partenaires de l’être grandiose (y compris son partenaire sexuel) est aussi investi narcissiquement; les autres sont là pour l’admirer et il est sans cesse occupé à s’assurer cette admiration_ et à la mériter. Et ceci est l’expression de sa dépendance torturante »

Il était prévu que plus d’une lectrice sourirait ironiquement en appliquant ces lignes à tel ou tel homme de son entourage. (…) pathologique ou non, cette conduite de grandiosité parait convenir remarquablement à la dynamique historique du sexe masculin en tant que catégorie, et catégorie politique. Depuis la division du travail selon le sexe, ce contrôle de l’espèce par la seule moitié chargée par tradition de donner la mort, en opposition symétrique à l’autre qui donne l_et entretient_la vie, a engendré une mentalité sociale qui se perpétua au cours des millénaires. »Féminin et Philosophie

Et même entre hommes il y a des catégories : de race, de classe, d’orientation sexuelle, de validité etc. Le monde des hommes est une succession de catégories dont nous sommes tou・te・s des privilégié・e・s potentiellement oppresseurs. C’est pourquoi je ne veux pas de l’égalité entre femmes et hommes. Parce que ce modèle ne me convient pas et n’est pas viable ni juste ni équitable. Il ne ferait que transposer les inégalités sur une autre catégorie. Je ne veux pas gagner ma liberté au détriment de quelqu’un・e d’autre. Par exemple, dans un couple hétéro, ce serait comme si la femme ne faisait plus le ménage en ayant une femme de ménage. Elle déplace son oppression sur la femme de ménage qui a un grande probabilité d’être non blanche et/ou d’une classe sociale inférieure. Cela, c’est se décharger d’une oppression. Ce n’est pas un progrès c’est un renoncement. L’homme est à nouveau déchargé du ménage et la femme le ménage, une fois de plus et de trop. Est ce que la grandiosité masculine supporte la critique et le bien fondé de ses privilèges ? Non, évidemment. Mais en renonçant, nous renonçons à nous. Ce monde a une sacro sainte horreur du différent et tend à l’uniformisation de nos pensées, de nos valeurs, de nos désirs, de nos rêves, de nos besoins, de tout ce qui pourraient constituer une singularité. C’est la mondialisation capitaliste des catégories qui se disputent des miettes de privilèges, en érigeant la saloperie comme la seule issue possible. Et chacun de nos renoncements est une ode à la saloperie.

Les hommes cis sont tous des salauds lorsqu’ils entendent les femmes et minorisés de genre dirent leur souffrance et expliquer les injustices vécues, puis, minimisent, raillent et inversent la situation à leur avantage. Salauds lorsqu’ils s’inquiètent de la délation après la libération de la parole, parce qu’ils s’accaparent une réalité qui n’est pas la leur : la discrimination sexiste. Salauds, lorsqu’ils s’insurgent contre l’écriture inclusive. Salauds lorsqu’ils expliquent que l’artiste est différent de l’individu. Salauds lorsqu’ils se défendent entre eux et se soutiennent à notre détriment. Salauds lorsqu’ils font du chantage affectif pour un rapport sexuel. Salauds lorsqu’ils n’entendent pas un non. Salauds lorsqu’ils ne supportent pas qu’on leur dise non. Salauds lorsqu’ils disent que leur désir est naturel et que ce n’est pas de leur faute. Salauds lorsqu’ils jouissent de tous leurs avantages, se disent nos alliés, mais ne font rien pour questionner réellement leur privilège et en user pour être nos alliés. Salauds lorsqu’ils se disent féministes et te sortent la carte  Peggy Sastre, comme s’ils venaient de remporter une victoire. Salauds lorsqu’ils se sentent attaqués et répondent par la force et la violence. Parce qu’il n’est toujours question  que de cela : de force et de violence avec les hommes cis. Avec des degrés et nuances différentes mais ce n’est jamais autre chose ( et cela montre leur impuissance et dépendance à leur grandiosité. Mais si personne ne les regarde, ne valide leur grandiosité, que se passe t’il ?). Salauds, quand ils pensent être éduqués et pour l’égalité des sexes, mais qu’il faut tout de même marchander de passer l’aspirateur. Salauds, quand ils pensent être différents et pas comme les autres, mais t’obligent à un caprice sexuel en sortant la carte du :  » tu n’es pas cool ». Salauds lorsqu’ils se taisent et rigolent aux blagues sexistes. Salauds lorsqu’ils te ramènent à ton genre en te signifiant bien que ce n’est pas parce que tu es tolérée que tu es légitime en et à quoi que ce soit. Salauds lorsqu’ils te frappent et te disent que tu l’avais bien cherché. Salauds lorsqu’ils te blessent et te demandent pardon mais recommencent. Salauds lorsqu’ils s’excusent uniquement pour continuer à jouir de leur objet féminin. Salauds lorsqu’ils se placent au centre de tout et te dévalorisent sur ton physique, ton esprit. Salauds lorsque tu refuses leur avance et qu’ils se retournent contre toi, te menacent, t’insultent, t’humilient sans sourciller. Salauds, parce qu’ils cautionnent un système dont ils jouissent, et qui fait en sorte que tu ne seras jamais assez bien pour eux parce que tu as un genre différent du leur. La femme idéale est un homme dans un corps de bonnasse. Les plus polis ne le disent jamais ainsi, évidemment mais n’en pensent jamais moins. Salauds parce que l’injustice perdurent et qu’ils ne sont toujours pas prêts à ce que cela change. Salauds, parce que dans une relation amoureuse , ils ne font rien pour que la relation soit équitable. Salauds parce qu’ils ruinent toutes relations amicales, fraternelles, familiales, de travail ou amoureuses. Salauds parce qu’ils sexualisent ton genre dès qu’ils en ont l’occasion. Salauds parce qu’il faut leur répéter jusqu’à épuisement ce qu’est le féminisme. Salauds parce qu’ils nous ont quelque fois fait détester notre genre, allant jusqu’à nous faire désirer vouloir devenir comme eux. Et certain・e・s les imitent en adoptant leurs outils et reportent les oppressions, en s’illusionnant d’y échapper. Salauds lorsqu’ils t’expliquent que le sexisme n’existe plus.  Salauds lorsqu’ils pervertissent le féminin en n’en faisant que le reflet morbide de leurs peurs. Sarte aussi était un salaud lorsqu’il proposait une pseudo liberté à Simone en détruisant les principes bourgeois. Salaud lorsqu’il se servait de sa liberté d’homme pour assouvir ses mesquins plaisirs. Salaud lorsqu’il maintenait un chantage affectif en ne voulant jamais couper le lien avec elle lui vendant un amour spirituel et supérieur. Salaud de la maintenir dans son genre en l’encourageant à en sortir. Les hommes cis sont tous des salauds surtout lorsque nous les aimons. Heureusement nous ne sommes pas obligé・e・s de les aimer, de leur plaire et de les désirer sauf que nous vivons ensemble. Et qu’il est tant que chacun・e・s prennent ses responsabilités et ne se vautrent pas dans une fatalité mortuaire.

Salauds parce qu’ils n’ont pas entendu notre révolte.

Et si vous n’avez pas entendu notre révolte vous aurez notre révolution : la Révolution Féministe. Que vous le vouliez ou non.

Heureusement je suis Gouine

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