je ne veux pas la guerre et je ne la ferai pas

La tribune des 100 c’est un coup qui fait mal. Le 9 janvier 2018 annonce la couleur et les réponses fusent. De tribune en tribune, les féministes courent pour apposer leur signature. Les médias multiplient les orgasmes, le patriarcat jubile, le capitalisme dort tranquille.

La violence, le mépris et l’insupportable de la tribune des 100 fait d’autant plus mal qu’il y a eu #MeToo. Quand je vois ce qu’il se passe je me demande s’il y a bien eu #MeToo en fait. Est ce qu’il faut rappeler, que pour la plupart et  pour  la  première fois, des personnes se sont exprimées sur les réseaux sociaux et  sont descendues dans la rue pour dénoncer les violences sexistes ?

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illustration de Ambivalently Yours

Répondre à une tribune par une tribune c’est la règle du jeu me diriez vous. Soit. Sauf que là il ne s’agit pas d’un jeu. Il s’agit de nous, de notre humanité, de notre souffrance. Au nom de quoi relayer toutes ces violences légitimise un combat ? La course aux tribunes remuent toute la violence dont nous sommes pétri・e・s. Les propos tenus sur le viol par la tribune des 100 sont plus qu’abjectes, ils sont notre système. Combien de  tribunes encore allons nous avoir contre celle des 100 ?  Combien de fois encore allons nous brandir fièrement que nous sommes autant divisé・e・s ? Quand allons nous changer radicalement les choses ?

Et combien de  temps encore allons nous nous abîmer et nous transmettre toute cette toxicité et cette haine ? Il y a une chose que m’aura appris cette tribune sur nos actions. Je pensais dernièrement que répondre à la haine même de manière calme permettait de ne pas toujours laisser la parole et l’espace aux mêmes personnes. Mais cela n’a aucune efficacité et ne fait que renforcer toute cette négativité. Sommes nous autant contaminé・e・s pour ne même pas envisager d’autres moyens de luttes que ceux attendus, proposés et utilisés par les dominant・e・s ? N’y a t’il plus de pensée de l’action autonome et créatrice ?

Ces derniers jours j’assiste aux combats médiatiques qui étaient plus que prévisibles. Les réponses à cette tribune sont elles si neutres ? Je veux dire, en tant que féministe, penser que la tribune des 100 est une succession de sophismes  c’est juste la base. En revanche, je pose cette question : suffit il d’avoir l’apparence de la bourgeoisie pour agir et penser en bourgeois・e ? *  Parce que franchement, faire des tribunes et s’accaparer la parole des autres en pensant les défendre, ne pas concerter les autres et leur demander ensuite de signer, et découvrir que les signatures sont accompagnées des fonctions, titres ou professions dans quelle mesure cela n’est il pas bourgeois ? Pourquoi n’y a t’il pas de femmes de ménage, caissière, institutrice, etc ? Pourquoi n’y a t’il que des positions sociales reluisantes qu’on aime à mettre en avant ?

Lors des Golden Globes, j’ai adoré la prestation d’Oprah Winfrey. Faut dire, c’était tentant à priori ce beau discours d’une femme noire américaine. Mais alors je me demande, une fois mon enthousiasme passé, qu’en est il réellement ? Les Golden Globes c’est quoi ? Pourquoi ne pas avoir profiter de sa réussite, de toutes ces actrices, pour inviter et laisser la parole à celleux qui n’ont pas leur position sociale ? Tarana Burcke était présente. Pourquoi ne pas l’inviter sur scène et lui laisser la parole, ne serait ce qu’une minute ? Pourquoi seulement poser avec elle comme si cela était gageure de bonne foi ? Oprah n’a jamais caché son soutien aux démocrates ni à Bill Clinton.  Juanita Broaddrick, depuis 1978 a révélé que Bill Clinton l’avait violée. Aussi, s’est elle demandée pourquoi son nom n’avait pas été cité par Oprah.

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N’y a t’il pas au fond, tout de même, l’ idée que tout comme dans  la tribune des 100, il s’agit de protéger une certaine catégorie d’hommes puissants ?L’erreur est bien évidement permise et nous n’y échappons pas  parce que je pense que nous sommes perfectibles et non parfaits. Encore faut il pouvoir remettre en question nos privilèges aussi infimes puissent ils être.

Il n’a pas fallu longtemps pour désigner ensuite Oprah comme la candidate idéale aux prochaines élections. En 2007, Oprah Winfrey a financé à hauteur de 40 millions de dollars la création d’un lycée privé pour filles défavorisées en Afrique du Sud. Simple générosité ou intériorisation du système blanc dominant et colonisateur ? Pourquoi n’a elle pas investi dans l’éducation des noirs américains ? Toujours en 2007 et dans le Newsweek «Je suis devenue si frustrée de visiter les écoles des quartiers défavorisés que je me suis arrêtée», a-t-elle déclaré à Newsweek en 2007. «Le sentiment que vous avez besoin d’apprendre n’est pas là. Si vous demandez aux enfants ce qu’ils veulent ou ce dont ils ont besoin, ils diront un iPod ou des baskets. En Afrique du Sud, ils ne demandent pas d’argent ou de jouets. Ils demandent des uniformes pour pouvoir aller à l’école. «  Pourquoi sous entendre que pauvreté rimerait forcément avec prédisposition innée à ne pas vouloir apprendre ? C’est facile de dire qu’il ne faut pas imiter les symboles des riches en posant là d’emblée que la richesse n’est pas une valeur éthique en soi et de faire des livres, des émissions qui montrent le contraire. Parce que clairement, qui a envie d’être pauvre ?

Oprah a réussi avec brio cette intervention médiatique annonciatrice de la course à la Maison Blanche. Parce qu’il s’agit de cela chaque fois que nous imitons les dominants et adoptons leurs codes. La Maison Blanche c’est la maison des hommes blancs hétéros et cisgenre (HSBC) et de celleux qui ont adopté leur codes et pensées. Et l’apparence ne change rien à ce que nous sommes. La seule différence que je fais entre Oprah, la tribune des 100 et la multitude des tribunes féministes françaises c’est l’apparence. C’est notre capacité à l’admiration, c’est le veau d’or ou n’écoute pas les idoles de France Gall.

Peu importe vos querelles de privilégiés, vos courses médiatiques, vos instrumentalisations de nos souffrances, vos railleries, vos déshumanisations décomplexées, vous ne parviendrez jamais à éradiquer la rue, à éradiquer nos humanités. Parce que ne soyons pas dupes, malgré tous vos stratagèmes nous sommes encore là, parfois affaibli・e・s certes, mais nous sommes toujours là. Tous vos signes extérieurs de richesse, de pouvoir ne viendront jamais à bout de ce que vous redoutez plus que tout : l’amour. C’est notre arme ultime et elle s’exprime chaque fois que nous nous aidons, que nous n’appliquons pas vos peurs haineuses, chaque fois que nous créons ce que vous détruisez.  Je ne veux pas la guerre et je ne la ferai pas.

 

 

*D’ailleurs, n’y a t’il pas là aussi une réappropriation de la bourgeoisie de tous les signes extérieurs des pauvres ? Par exemple, le jogging, les baskets, uniformes stigmatisés et montrés du doigt symbolisant les quartiers défavorisés, merveilleusement réappropriés par la bourgeoisie et devenus aussi des signes extérieurs de richesse.

 

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