Deauville sans Trintignant

J’ai croisé Vincent Delerm et il m’a souri. Lundi, j’étais mélancolique et j’écoutais Vincent Delerm en pensant à ma prof de philo. Au Lycée. A ce que je ressentais. Où vont les sentiments lorsqu’ils ne sont plus aussi impétueux ? C’est vrai ça, ou va l’amour quand il n’est plus ? C’est comme la graisse. Elle va où la graisse quand tu maigris ? Par où elle sort ? Visiblement par la respiration ( oui je cherche toujours à tout comprendre ). Donc, j’étais mélancolique. Je me souviens de mes sentiments. De la manière dont ils m’affectaient. De leurs forces. Du plaisir qui en découlaient. Et cependant, je ne parviens pas à les saisir dans leur ensemble. Le fait de me souvenir ne suffit pas à exalter mon âme comme avant. C’est comme Deauville sans Trintignant.

Depuis quelques semaines, je repense à ma prof de Philo et je me suis mise en tête de la retrouver. J’étais complètement fascinée par elle, elle stimulait tellement mes pensées. Je n’étais pas du tout consciente que j’étais totalement amoureuse d’elle. Je me souviens du dernier cours avant le bac. J’étais anéantie. Mélancolique de quelque chose qui n’était pas encore arrivé et auquel je pensais ne jamais survivre. J’étais là, dans la classe en me répétant  » ce moment n’arrivera plus jamais. Je ne serai plus dans cette classe. Elle ne me fera plus cours. Il n’y aura plus une autre année ( je me demande pourquoi je n’ai pas raté le bac rien que pour être à nouveau dans sa classe ). » La sonnerie a retenti. Les autres étaient joyeux, moi non. Nous nous sommes revues après le bac pendant deux ans et je ne sais plus comment après, plus rien.

J’ai pensé que j’aimerais la revoir. Parce que nous partagions des choses profondes et qu’elle m’a fait du bien. Mais est ce elle que je veux revoir ? Et si je voulais revivre ce que je ressentais seulement ? Où va l’amour quand il cesse ? C’est comme revoir un ancien amour. C’est terrible. Une personne qui était tout. Et tu es là, devant elle, tu lui parles et tu te demandes comment c’était avant. Quand tu l’aimais. Juste un souvenir. C’est moche un souvenir d’amour parce que c’est fade. C’est une photo figée. Peut être que je préférerais ne plus du tout me souvenir des gens que j’ai aimé pour ne pas avoir à  éprouver cette distanciation du sentiment.

Et puis j’ai retrouvé deux lettres que je lui avais écrite mais visiblement pas envoyées. Heureusement. parce qu’en terme de séduction, j’aurais pu faire mieux. J’ai osé masquer mon amour en disant  » j’aurais voulu que vous soyez ma mère ». Le drame de ma vie quoi. Ou l’art de la non séduction. Et je me suis mise en tête de rendre justice à mes sentiments. Parce que c’était de l’amour. Et que je ne le lui avais jamais dit. Et que c’est terrible de ne pas dire l’amour. Et encore plus terrible de ne pas dire ce que j’étais. De n’avoir pas osé être moi. Bon, j’en étais franchement incapable à cette époque. Mais je l’aimais. Et j’ai tellement pensé à tout ce que l’on aurait pu vivre ensemble que je l’ai vécu. Et ce souvenir de mes désirs imaginés ne me rend pas mélancolique mais joyeuse. Ce souvenir n’est pas fade. Il me rapproche de moi parce qu’il reflète la sincérité de mes sentiments. C’est vivant. Exaltant. Mieux qu’un amour qui a cessé.

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