La possible étoile

Je pourrais nager dans l’espace avec mon œil vaginal.
Hypersensible étoile qui brille dans les tréfonds de mes entrailles
Ce n’est pas avec l’impatience patriarcale
que nous brûlerons le léviathan difforme et infâme étendu sur le sel de la mer.
Notre mère ignorée et atrophiée
Ce n’est pas en inversant le gangreneux pouvoir qui nous inonde que nous serons glorieuses et victorieuses. Ce n’est pas en étant comme eux que nous serons nous. Parce que j’exècre tellement ce qu’ils ont fait du monde, ce que nous avons abandonné et consenti, ce que je reproduis  trop souvent encore, que je ne peux être cette obéissante exécutante du système que je vomis.

Viens le temps du sein palpitant et volcanique, des vésuviennes muqueuses améthystes.
De notre RÉVOLUTION. Si nous ne savons pas ce que nous sommes, nous ne le deviendrons jamais.
Et ils gagneront toujours.

La règle du jeu est claire et cruelle :
Si je la suis je perds.
Si j’en invente une je progresse.
Ce n’est pas parce que le monde est dépourvu de justice et d’empathie qu’elles sont chimères. Elles sont utopiques parce que rien ne leur permet d’être, qu’elles ne sont pas utilisées.

Comment pouvons nous continuer à croire à l’impossible,
sans ne jamais essayer de le rendre possible ?

Créons ce que nous voulons et nous le deviendrons.

Non pas un féminisme d’opposition qui se limite au cadre qu’il pense combattre. Mais un féminisme humaniste. la plus incroyable pensée révolutionnaire. Celle qui peut encore tout car elle n’a jamais été. Non pas lutter contre le système mais le lâcher. Pas la destruction mais la construction d’une société qui réalise tout ce dont nous manquons.

Je sens le sang battre contre ma peau et la soulever. Je suis humide de nous. N’oublie pas l’impossible est impossible

jusqu’à ce que tu le rendes possible.

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Louise Fishman, For There She Was, 1998

Le rôle de nos vies

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photos de Juliette

Hier, nous étions dans la rue pour dénoncer les violences faites aux femmes, place de la République. Ce soir la cinémathèque française rend hommage à Polanski en sa présence alors que tout le monde s’est indigné de l’affaire Weinstein. Les actrices ont parlé. On a fini par les écouter parce que ce n’était pas un cas isolé, ni une histoire de génération, ni de classe sociale, ni de situation géographie, ni d’orient, ni d’occident. Et Jane Fonda souligne qu’on écoute les victimes de Weinstein parce qu’elles sont blanches et célèbres, ce qui m’apparait important de préciser. Car dans les injustices et oppressions nous ne subissons pas toutes les mêmes outrages.

C’est quoi une actrice ? C’est d’abord un corps que l’on contrôle. Avant Richelieu, les mots féminins existaient dans la langue française : on utilisait autrice, poétesse, philosophesse, mairesse, médecine, etc. Puis, il a jugé utile de ne garder que le masculin. Quand un mot n’existe pas, quand un métier n’est que masculin, quand ce qui est bien est uniquement masculin, quand les valeurs masculines sont plus nobles, on grandit avec ces idées et on s’en convainc. On devient illégitimes, anormales, suspectes, dangereuses, menaçantes lorsque l’on veut être là où on ne nous permet pas d’être. Tout ce qui est masculin est noble, fort, puissant, intéressant, courageux, exemplaire etc. la liste est trop longue et chiante. Avant le mot aigle était de genre féminin. La Fontaine en atteste la véracité avec ces vers de l’Aigle et la pie : » L’ aigle, reine des airs avec Margot la pie,                                                                                différentes d’humeur, de langage et d’esprit  »
Bonaparte voulant en faire son emblème, il devint masculin.

Richelieu et  l’Académie française s’assurent de normaliser la langue française. Dominique Bouhours prêtre jésuite grammairien, écrivain, historien, écrit en 1675 : «Quand les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte ». En 1767, Nicolas Beauzée justifie que « le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle ». Les Grecs pensent que la grammaire est l’expression de la raison. Comment peut on être raisonnable sans suivre la règle ? Pourquoi suivre une règle ? Pourquoi normaliser et régulariser le langage ? Pourquoi catégoriser le féminin et le masculin ? A qui profite la règle ? A quoi servent les règles et les lois, si elles ne sont  pas justes ? A quoi sert la démocratie si c’est le nombre qui l’emporte et non la justice ?

Richelieu a cependant conservé des mots féminins qui ne renvoyaient pas à la valorisation du pouvoir intellectuel. Boulangère ou actrice ne posent pas de problème. Actrice,  c’est d’abord un corps que l’on contrôle pour contrôler les autres femmes. Actrice a comme racine augere qui signifie accroître, augmenter, développer, exalter. Un truc plutôt valorisant et powerfull. L’actrice utilise son corps et il ne sera retenu que cela. Un acteur n’a pas le devoir d’être beau, une actrice oui, sauf si elle fait de la comédie. Parce que nous en sommes encore là. Il y a quelques années encore je pensais que le cinéma était l’art qui avait le plus valorisé l’image des femmes en montrant des figures puissantes. Mais je me trompais amèrement, naïvement, inconsciente de l’ampleur et de l’étendu  des dégâts du patriarcat. En contrôlant le corps des actrices on a contrôlé le corps ds femmes mais aussi leurs pensées, leurs désirs, leurs rêves.

En 2015, sur les 300 films agréés par le CNC, 63 sont réalisés par des femmes. Le salaire des réalisatrices étant 42% plus bas que celui des réalisateurs. Sur les 320 films sortis en 2016, la moitié sont des comédies grand public qui caricaturent encore et toujours les femmes, les jeunes ou la banlieue. En 2015 Angelica Houston a déclaré :  » c’est un peu comme à l’église (…) Ils ne veulent pas que l’on soit prêtres. Ils veulent qu’on soit des nonnes obéissantes« . Alice Guy, la première réalisatrice au monde cible le problème :  » Aussi longtemps qu’une femme reste à ce qu’ils appellent sa place, elle ne subit aucune vexation, mais qu’elle assume les prérogatives généralement accordées à ses frères, on la regarde aussitôt de travers. »

Mais pourtant le cinéma a des héroïnes puissantes, des guerrières, des femmes à qui on aime s’identifier, non ? La mariée de Kill Bill, Wonder Woman, Gloria de Cassavetes,  , le lieutenant Ripley, Thelma et Louise,  etc. Ces héroïnes  reconnues puissantes, le plus souvent se vengent, ont des revolvers, usent de la force, se défendent en utilisant les codes de puissance masculine. Quand elles passent à l’action les femmes se défendent. Même leur action ne peut être le fruit d’une décision autonome mais sont toujours soumises et intrinsèquement liées aux hommes. Béatrix se venge. Gloria  défend un enfant victime de la mafia. Wonder Woman répond à l’attaque des hommes maléfiques. Ripley prend le pouvoir sur les hommes mais apparait en petite culotte dans la douche même si elle échappe aux stéréotypes de genre de séduction. Thelma et Louise deviennent hors la loi et meurent pour avoir choisi d’échapper à ce que l’on attend de leur genre. Scénario d’ailleurs écrit par une femme : Callie Khouri. Il ne faut pas désirer trop la liberté et l’ indépendance lorsque l’on est une femme sinon on nous le fait  payer.

Mais voilà, en plus,  elles sont sexy, de préférence blanches et jeunes. Une version féminine des hommes, fabriquée, vue, et transmises par les hommes. Mais c’est quoi en fait être courageuse comme une femme ? Être forte comme une femme ? Être intelligente comme une femme ? Arrivons nous à nous définir réellement en dehors des hommes ?

« Le cinéma est fait presque exclusivement par des hommes. la femme, au cinéma, c’est donc très exactement la femme vue par les hommes(…) En réalité, le cinéma est la chasse gardée des mâles pour des raisons qui tiennent à l’importance capitale de la représentation des personnages féminins.» Pierre katz, critique et réalisateurs ( 1953). Oui, c’était il y a longtemps mais ça n’a pas beaucoup changé. Viriginie Despentes en 2015 dit:  « le cinéma est une industrie qui n’est pas interdite aux femmes. Mais c’est une industrie inventée, manipulée, et contrôlée par des hommes (…) les films de femmes sont généralement produits par des hommes, qui vont chercher des financements en soumettant le projet à d’autres hommes, puis ces films seront distribués par des hommes  dans des salles tenues par des hommes et critiqués par des hommes. »

Ces héroïnes de cinéma ne sont pas crédibles à mes yeux parce qu’elles ont recours aux armes du patriarcat. Je n’aime tellement pas le patriarcat, je méprise tellement ses fausses valeurs qui divisent et oppressent que je tente de ne pas  reproduire et de m’extraire de ce modèle unique de pensée, de bonheur, d’être ( et je n’y parviens pas toujours) . Le féminisme ne sera jamais pour moi un renversement de valeurs, pas par charité chrétienne, mais par éthique et logique. Que les hommes n’aient pas peur, je ne veux pas leur faire subir ce qu’ils nous ont fait subir. Non parce que je crains de ne pas leur plaire, je m’en contre fous et en c’est bien pratique car je suis gouine, même si je peux me poser la question lorsque je culpabilise de ne pas avoir répondu à l’un d’eux.  Mais simplement parce que je méprise ce qu’ils ont érigé en valeur, ce qu’ils ont fait de cette société. De  ce qu’ils ont fait aux femmes, à celleux qui ne sont pas blanches, à celleux qui n’ont pas la religion qu’il faut, celleux qui n’ont pas l’orientation sexuelle qu’il faut, celleux qui n’ont pas le corps qu’il faut, celleux qui n’ont pas la santé qu’il faut, celleux qui n’ont pas l’instruction qu’il faut, celleux qui n’ont pas l’argent qu’il faut. C’est comme si je disais la peine de mort c’est pas bien mais lorsque l’on tue une femme ou un enfant c’est justifié. Je suis radicale, j’essaye de m’attaquer aux racines, de me déconstruire de mes fausses connaissances. Je ne veux pas d’un système injuste. Je ne me contenterai jamais d’avoir une position élevée pour avoir l’illusion de ne plus être inférieure aux hommes. Parce que c’est faux. Le pouvoir n’est pas un signe de puissance ou d’égalité. Le pouvoir est la preuve de la domination. Je ne veux pas être comme les hommes, je revendique ma différence. Un autre chemin que celui tracé par les hommes est possible. S’ils souffrent aussi du patriarcat, qu’ils se libèrent eux mêmes. S’ils veulent le congé paternité qu’ils se battent pour l’avoir.  S’ils sont contre les violences faites aux femmes qu’elles cessent alors. Si la majorité n’est pas constituée de violeurs, d’agresseurs, de sexistes, d’oppresseurs, de railleurs, pourquoi perdure t’il toujours l’ injustice ? Pourquoi la loi ne protège pas les femmes ? Pourquoi, hier, sur les pancartes je m’étonnais encore de voir autant de filles violées par leur pères, leurs frères, leurs copains, leurs maris, leurs oncles, leurs amis, leurs patrons, leurs camarades ? Pourquoi Weinstein est un porc mais pas Polanski ? Pourquoi nous en sommes toujours là ? Toujours à devoir parler de ses agressions sexuelles ? Pourquoi les subissons nous encore ? Porter un pantalon, aller à l’école, travailler, baiser avec qui je veux ne sont pas des faveurs. C’est juste la base en fait. Pourquoi le cinéma protège Polanski ? Pourquoi la cinémathèque maintient sa programmation en plein cœur de ces affaires de violences sexuelles ? Pourquoi les hommes pensent que le corps des femmes leur appartient ? Pourquoi dominer une femme de quelques manières que ce soit est il à ce point banalisé et intégré ? Pourquoi les petits garçons touchent spontanément les seins des femmes ? Pourquoi veulent t’ils voir ce qu’il y a sous les jupes des filles ?  Pourquoi les femmes sont toujours inférieures aux hommes ? Pourquoi s’autorise t’on à toucher le ventre d’une femme enceinte ?

Parce que cela est permis.

J’ai longtemps cru que le cinéma était différent, que les films que j’aimais, que les réalisateurs que j’admirais et avec lesquels je me suis construite m’autorisaient à ne pas être inférieure aux hommes. J’ai voulu faire du cinéma grâce aux actrices et je les aime toujours. Mais différemment. Réaliser, mettre en scène s’est tenter de tout contrôler. C’est diriger, toucher, montrer, indiquer. J’ai eu cette fâcheuse tendance à toucher (sans demander la permission) les actrices  pour les diriger. Et rien ne justifie cela. Je n’aime pas que l’on me touche. Les actrices sont réduites à leur corps. L’image de femmes de petites vertus et de courtisanes leur colle encore à la peau. Aucune femme ne sera jamais assez bien pour le patriarcat parce que de fait il nous exclu. Mais je sais que le cinéma peut être différent de ce qui prédomine. Je sais que ce schéma binaire n’est pas la seule voie. Je sais que cette société peut changer même si c’est un sacré enchevêtrement d’injustices et de non dits.

Pourquoi en 2017, les femmes ont elles encore peur des hommes ? Pourquoi en 2017, les femmes mettent elles encore en place des réflexes de survie ? Pourquoi en 2017, les femmes doivent toujours encore se justifier de n’être pas contre les hommes, de ne pas vouloir les exclure ? Pourquoi en 2017, les victimes sont encore contraintes d’aimer leurs bourreaux ? C’est cela qui me révolte plus que certaines priorités que nous devrions avoir. Ce qui m’indigne le plus c’est de savoir que les femmes subissent encore des agressions sexuelles. Qu’on ne me parle pas de décence lorsqu’une femme dit ce qu’elle a subi dans la sphère publique. Nommer les choses, les dire, les écrire c’est les rendre réelles.

En 2017, tout reste encore à faire avec le féminisme. Et je n’ai pas encore tout exploré, tout pensé, tout tenté, tout entrepris. Il me reste encore des forces et de l’espoir.

Et je ne suis plus seule.  Et je ne suis pas la seule.

Les adultes sont tous des hétéro(normés) dépressifs 

J’ai la peau de mes sœurs au bout de ma langue. Leur souffrance tue et ignorée à la pointe de mes seins.

A l’intersection de nos cœurs il y a l’espoir. Encore. Toujours.

Encore envie de toi. De tes seins plus lourds que la chaleur. Nos corps humides glissent dans la nuit. Je me sens libre en caressant mes poils de chatte. Ils n’aiment pas ça. Ni encore. Ni toujours.

Les adultes sont tous des hétéros dépressifs.
Je ne serai jamais adulte.

Ça pue les adultes. C’est rance et morose. Et c’est même pas capable d’empêcher de souffrir. Ni d’aimer.
J’ai le sang de mes sœurs sur mon clitoris. Pour ne pas oublier. Ton corps me réconcilie avec le mien. je ne savais pas à quel point je pouvais être moi. Je me sens tellement libre quand je caresse mes poils de chatte.  Les adultes pensent juste que c’est dégueulasse.

Non.
Je ne serai jamais adulte.

Illustration : Nikki Peccaso 

Mouille Orageuse

Mouille orageuse. L’asphalte est une mer déshumanisée. Les yeux en bandoulière. Marche volante sur un désert d’espoirs.
L’automutilation de ne pouvoir imaginer quelque chose d’autre. Ta binarité te tuera.
En attendant elle m’étouffe et m’oppresse.
Je déverse ma mouille en torrent sur tes orbites inhabitées.
La laideur c’est de ne plus rêver.
La violence c’est la déshumanisation mondialisée.
Je vois encore la voie lactée sur les trottoirs souillés. L’injustice me lacère toujours.
Mais l’amour inonde ma mouille. Ma peau. Mes yeux. C’est l’espoir.
C’est pas dégueulasse l’espoir.
C’est la mouille orageuse d’une sublime salope.

Je ne suis plus une femme

J’arrache ma liberté avec ma langue qui nage
au creux de tes lèvres.
Tes doigts fouillent mon âme.
Ils ne connaissent pas notre existence parce qu’ils nous voient pas.

J’arrache ma liberté avec mon clitoris de gouine
et je respire dans une extase nouvelle mes
effluves de cyprine.

Pour ne plus jamais me taire.

Mon sein coule sous l’herbe. Radicalité des corps. Mon sexe ne sera jamais une prison.
Tes cheveux glissent sur mon visage. Je n’ai pas besoin d’être un homme pour te baiser et encore moins te faire jouir.

Je ne suis plus une femme.
Et je m’en réjouis.

The Eye Poem Factory, Une Femme n’est pas une Femme. Oeil Vaginal

La réalité est elle juste une image ? Quelle image avons nous de nous et du monde ? Comment les saisir et les ressentir ? Plongés dans l’immédiateté nous allons vite, beaucoup trop vite. Toujours trop vite. Même si l’éternité ne dure qu’une seconde on veut toujours qu’elle dure plus. On en veut toujours plus parce qu’il n’y a plus de sens dans ce que nous voyons, ressentons, voulons, rêvons. On est devenu des stars sans fans réels, tangibles. Des fans virtuels, c’est ça notre drame. L’omniprésence des images, de la communication et l’apogée de nos solitudes, tellement mortels, nous qui ne sommes même plus des demi dieux.

Vient le temps où le regard doit voir l’invisible dans le très banal pour ne plus se consumer à chaque image de plus. La poésie nous sauvera parce qu’elle sauve toujours de la réalité qui ne rêve plus. Viens et abandonne toi le temps de l’éternité que tu veux. Ouvre ton œil caché et ne crains pas ce que tu es, ce que tu désires, ce que tu espères. Poésie. Philosophie. Cinéma.

The Eye Poem Factory recycle l’ évident en mieux. Le rêve en réalité. L’absolu en nécessité. Mes yeux en images. Mon cœur en mots. Mon sexe en respiration. Mon sang en baisers. Moi en mieux.

Eye Poem N°1 : Une Femme n’est pas une Femme, Oeil Vaginal

Une Femme n’est pas une Femme, Oeil Vaginal from delphine montera on Vimeo.

Musique : Cuidado, peligro, Eclipse. Agar Agar  : https://www.facebook.com/agaragarmusic/