Fiertés, comment nos luttes sont instrumentalisées et conditionnées.

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Photo Monique Duriez, tirée de « Où est-ce qu’on se mai » de Ioana Wieder

 

Hier soir était diffusé sur Arte Fiertés, une série de 3 épisodes, réalisée par Philippe Faucon , et écrite par José Caltagirone et Niels Rahou. Déjà trois mecs cis blanc bourgeois aux commandes. Je me suis posée assez vite la question  : sont ils concernés ? Et j’ai regardé la série. Très vite, cette question n’était plus trop essentielle parce qu’elle ne changeait pas vraiment grand chose à ce qui était dit. Concernés ou pas, quelle est la vision des luttes LGBT abordée est plus judicieux en fait.

Hier, tous les réseaux LGBT nous certifiaient qu’il fallait à tout prix regarder cette série. La bande annonce, les photos, ne m’enchantaient guère : comme toujours il n’est question que d’hommes, gays ou pas, ils restent des mecs cis. On suit Victor et Serge sur une période de 30 ans et je lis de partout qu’il s’agit de luttes. Mais je n’ai pas vu ces luttes. Je n’ai vu qu’un désir unitaire de conformité et de pensée unique. Ici ce qu’il se joue, c’est l’image du bon gay qui se conforme aux schémas hétéronormés, patriarcaux, bourgeois et blancs. La mariage pour tous a parachevé cela. Dans le milieu LGBT il n’est pas de bon ton de dire que l’on ne comprend pas cette engouement pour le mariage. On est loin du FHAR, ( qui est vite devenu sexiste avec la prise de pouvoir des gays et qui a conduit à la création des gouines rouges et des gazolines), de cette fierté dans la différence et du questionnement de ce que nous sommes. D’ailleurs ce n’est pas pour rien que lors des débats du mariage pour tous, beaucoup d’hétéros nous ont soutenu. Il s’agit avant tout du couple, de la famille, de reproduire l’hétéronome. Alors oui, ça rassure les hétéros. Mais les hétéros sont ils si compréhensifs et solidaires lorsqu’il s’agit de s’affirmer avec nos différences ?

Alors oui, c’est abordé sous le prisme du personnel. Mais le personnel est politique. Je suis effarée de la manière dont les femmes sont traitées dans cette série. La mère interprétée par Emmanuelle Bercot se tait, subit, est impuissante, et meurt dans le 3ème épisode permettant le changement du père obtus en un magnifique papi compréhensif. Aurélie, la petite amie alibi de Victor ne se doute de rien, est hyper compréhensive une fois l’homosexualité révélée et devient la fidèle meilleure amie avec laquelle il aura un enfant dans la 3 ème partie. L’enquêtrice sociale ( Chiara Mastroianni) apparait cool au début mais se révèle être sournoise et manipulatrice. Farah ( Loubna Abidar) est la bonne épouse discrète (avec l’accent blédard forcément hein) et la bonne mère protectrice  qui propose un marché pour éloigner Victor de son époux mais lui permettre d’adopter. Bref, un bon échantillon de la vision sexiste des femmes.

Victor lui, est égoïste, machiste, viriliste, têtu, borné, capricieux et pense que tout lui est du. A côté, Serge, compréhensif, doux, patient. Je vais m’arrêter là tellement c’est énervant et criant. Ils évoluent dans un milieu d’hommes. Dans le 2ème épisode on aperçoit deux lesbiennes qui s’embrassent au moment de l’adoption du mariage pour tous. Elles sont jeunes, très féminines, bref les bonnes lesbiennes qui font fantasmer les mecs quoi. Bien entendu aucunes personnes trans. Le couple Victor Serge est un couple libre. Victor a des aventures mais pas Serge. Mais au moment où Victor devient père il résiste tout à coup aux avances d’un mec. Ah ! Alors quand on devient un père gay on s’assagit et on se conforme à la morale judéo-chrétienne ?

30 ans de luttes LGBT c’est ça ? Sérieusement ? L’année dernière est sortie une série américaine when we rise. Il était question aussi des luttes et elles étaient montrées. Il y avait des gays, des lesbiennes, des trans, des racisé・e・s. Un peu plus LGBT quoi. Je suis tombée sur une interview d’un des scénaristes qui explique que s’ils ne se sont concentrés que sur l’histoire de Victor qui est un homme blanc, c’était un choix voulu, qu’ils souhaitaient raconter l’histoire d’un couple, d’une famille qui évolue sur 30 ans. Un couple gay qui reproduit les schémas hétéronormés, blancs, bourgeois, et qui en plus a envie d’avoir un gosse, Bingo ! Enfin la bonne série qui rassure tout le monde : vous voyez, ils sont comme nous, fini leurs revendications libertaires, fini la remise en cause des fondements même de notre sociétés, de la famille. Voyez comme cette loi a fait du bien !

Alors oui, les revendications politiques des luttes LGBT ont changé et sont liées au féminisme. Les féministes des années 70 ont été sur le terrain des droits reproductifs. Elles sont majoritairement blanches. Elles ont permis plus de confort dans nos vies de femmes et je les en remercie. Le SIDA a considérablement changé les choses : il y avait des morts majoritairement des gays. Il fallait accéder aux traitements, lutter contre une injustice. Mais par qui notre histoire est elle racontée ? En tant que gouine qu’est ce qui m’appartient et qu’est ce qui m’appartient pas ? Pourquoi les luttes sont devenues uniquement des luttes de droits ? Qu’obtient on avec un droit ? Est ce la garantie d’une sécurité ou un moyen de nous enchainer à un état de plus en plus capitaliste, patriarcal et totalitaire ? La mondialisation ce n’est pas juste un modèle économique, c’est aussi un modèle de pensée. On essaie de nous faire croire que nous sommes tou・te・s identiques. Mais c’est faux. Je revendique mon droit à la différence. Je revendique mon droit à me poser des questions. Je revendique mon droit à questionner constamment ce qui m’appartient et ce qui ne m’appartient pas. Je revendique mon droit à imaginer d’autres moyens de luttes. Je revendique mon droit à ne pas penser qu’il n’y a qu’un seul modèle valable. Je revendique mon droit à ne jamais me taire lorsque je me retrouve dépossédée de moi même et encore moins au nom du principe plus grand d’une lutte. Je revendique mon droit à vouloir changer le monde tout en restant fidèle à ce que je suis.

Parce que je suis bien plus que cela. Bien plus qu’une catégorie, qu’une image, que ce modèle LGBT. Si certain・e・s ont envie de se marier, d’avoir des gosses ok. Mais faire croire que cela est le modèle, le désir LGBT, c’est malhonnête. Cela ne rend pas palpable une autre réalité, elle ne la permet pas surtout lorsqu’elle l’invisibilise et la marginalise. Nos luttes tombent toujours dans le piège de la majorité, du pouvoir, du sexisme. Tant qu’il n’y aura pas une démarche radicale il n’y aura pas un changement profond. Ce que j’entends par démarche radicale c’est le questionnement de ce que nous vivons, de la société, de ses structures. Tant que nous n’irons pas à la racine du problème, il n’y aura pas de changement. Cela implique la remise en cause de nos privilèges y compris les plus infimes. Tant que nous reproduirons des stratégies qui ne fonctionnent pas parce qu’elles sont issues de la volonté d’inverser le pouvoir, non de l’abolir, il n’y aura pas de changement. Tant que nous suivrons les règles des dominants et les moyens de défense qu’ils induisent, il n’y aura pas de changement possible. Certain・e・s obtiendront des miettes, auront la sensation d’avoir gagné mais il n’y aura pas de changement.

Créer ce changement radical est possible. On nous fait croire que le nombre est important, que seul la majorité gagnera. Alors on reproduit des majorités au détriment des mêmes personnes, y compris dans nos luttes telles qu’elles soient. C’est quoi la majorité sinon la force ? Comment se forme la majorité ? Comment amène t’on des personnes à croire qu’il n’y a qu’une solution possible ? Comment nos sociétés sont arrivées à nous faire avoir peur d’être seul・e ? Comment isole t’on celleux qui pensent différemment et les désigne t’on comme un danger ? Comment nous montent  t’on les un・e・s contre les autres ? Comment réécrit t’on l’histoire au profit des vainqueurs ? Penser que changer le monde est impossible est ce que l’on veut nous faire croire. Parce que c’est le seul danger réel de celleux qui ont le pouvoir.

En dépit de tous les coups, des trahisons, des horreurs, je pense toujours que cela est possible. Et tant que je penserai cela, tout est possible.

 

 

 

 

Les adultes sont tous des hétéro(normés) dépressifs 

J’ai la peau de mes sœurs au bout de ma langue. Leur souffrance tue et ignorée à la pointe de mes seins.

A l’intersection de nos cœurs il y a l’espoir. Encore. Toujours.

Encore envie de toi. De tes seins plus lourds que la chaleur. Nos corps humides glissent dans la nuit. Je me sens libre en caressant mes poils de chatte. Ils n’aiment pas ça. Ni encore. Ni toujours.

Les adultes sont tous des hétéros dépressifs.
Je ne serai jamais adulte.

Ça pue les adultes. C’est rance et morose. Et c’est même pas capable d’empêcher de souffrir. Ni d’aimer.
J’ai le sang de mes sœurs sur mon clitoris. Pour ne pas oublier. Ton corps me réconcilie avec le mien. je ne savais pas à quel point je pouvais être moi. Je me sens tellement libre quand je caresse mes poils de chatte.  Les adultes pensent juste que c’est dégueulasse.

Non.
Je ne serai jamais adulte.

Illustration : Nikki Peccaso 

Je ne suis plus une femme

J’arrache ma liberté avec ma langue qui nage
au creux de tes lèvres.
Tes doigts fouillent mon âme.
Ils ne connaissent pas notre existence parce qu’ils nous voient pas.

J’arrache ma liberté avec mon clitoris de gouine
et je respire dans une extase nouvelle mes
effluves de cyprine.

Pour ne plus jamais me taire.

Mon sein coule sous l’herbe. Radicalité des corps. Mon sexe ne sera jamais une prison.
Tes cheveux glissent sur mon visage. Je n’ai pas besoin d’être un homme pour te baiser et encore moins te faire jouir.

Je ne suis plus une femme.
Et je m’en réjouis.

The Eye Poem Factory, Une Femme n’est pas une Femme. Oeil Vaginal

La réalité est elle juste une image ? Quelle image avons nous de nous et du monde ? Comment les saisir et les ressentir ? Plongés dans l’immédiateté nous allons vite, beaucoup trop vite. Toujours trop vite. Même si l’éternité ne dure qu’une seconde on veut toujours qu’elle dure plus. On en veut toujours plus parce qu’il n’y a plus de sens dans ce que nous voyons, ressentons, voulons, rêvons. On est devenu des stars sans fans réels, tangibles. Des fans virtuels, c’est ça notre drame. L’omniprésence des images, de la communication et l’apogée de nos solitudes, tellement mortels, nous qui ne sommes même plus des demi dieux.

Vient le temps où le regard doit voir l’invisible dans le très banal pour ne plus se consumer à chaque image de plus. La poésie nous sauvera parce qu’elle sauve toujours de la réalité qui ne rêve plus. Viens et abandonne toi le temps de l’éternité que tu veux. Ouvre ton œil caché et ne crains pas ce que tu es, ce que tu désires, ce que tu espères. Poésie. Philosophie. Cinéma.

The Eye Poem Factory recycle l’ évident en mieux. Le rêve en réalité. L’absolu en nécessité. Mes yeux en images. Mon cœur en mots. Mon sexe en respiration. Mon sang en baisers. Moi en mieux.

Eye Poem N°1 : Une Femme n’est pas une Femme, Oeil Vaginal

Une Femme n’est pas une Femme, Oeil Vaginal from delphine montera on Vimeo.

Musique : Cuidado, peligro, Eclipse. Agar Agar  : https://www.facebook.com/agaragarmusic/

 

Redemptionem Clitoridis Lesbia

Ventre infanticide.                                                                                                                                  Il fait trop noir. J’ai six ans. Et je n’ai que le souvenir amnésique de l’interdit. Abîme Vaginal.                                                                                                                                                                                                                                                                                   Non.  Je ne me rends jamais.

Barbara ne se rappelle pas car elle n’a jamais su. Ni que ses cheveux lumineux m’affolaient. Ni que sa bouche m’avalait. Ni que cette nuit là j’ai voulu la sauver. Et, Je ne me suis pas sauvée non plus.

J’ai maudit si fort mes seins que je n’ai pas vu venir. Mais ils étaient là.  Ailes coupées.     Corps non neutre. Parce que j’avais léché la Liberté, je la lècherai à nouveau.                      Non. Je ne me rends jamais.

Julie non plus ne m’a pas sauvée. Et j’ai encore le goût de sa langue dans ma bouche. Je n’attends plus que l’on me sauve.

Tes seins sont plus lourds que ma tristesse. Je me reprends là où je m’étais           abandonnée.    Entre les cuisses des femmes je  suis née à moi même. Plaisirs humides. Yeux extatiques. Clitoris sur l’autel, déesse vénérée.

Je n’ai rien connu d’aussi bon que toi.

Non.

Je ne renoncerai jamais à moi

Coming In, Coming Out

Aujourd’hui je célèbre 40 ans de marches, 40 ans de luttes. Presque autant de temps qu’il m’aura fallu pour arriver jusqu’à moi. Je suis née l’année où Harvey Milk a été assassiné. Je suis née en France en 1978 quand l’homosexualité était encore un crime. Mais rien n’est impossible JAMAIS. Il y a encore quelques mois je ne savais pas comment être moi ni celle que j’étais vraiment. Même si j’avais fait mon coming out auprès de mes proches je n’avais pas fait mon coming in alors que c’est le point crucial de la naissance à soi.

J’ai accouché d’une partie de  moi le jour où j’ai dit «Je suis Gouine» et que cela m’a procuré de la joie. Une partie de moi nécessaire, qui ne peut pas ne pas être. Et sans cette partie je ne pourrai être entière.

Je repense à toutes ces années de souffrance, et je prends dans mes bras si tendrement et avec tant d’amour celle que j’ai été, que la douleur s’évapore. Le chemin a été long mais c’est mon chemin. Je ne changerais rien parce que ce serait nier une fois de trop ce que je suis. Et je ne le ferai plus ni ne laisserai plus jamais personne le faire.

Une nuit quand j’avais 6 ans j’ai rêvé que je sauvais tel un preux chevalier une fille de ma classe, prisonnière d’un monstre. Mais on m’a dit « ce n’est pas possible». CE N’EST PAS POSSIBLE. Cette phrase a toujours, depuis, provoqué en moi une colère immense mêlée d’une force indescriptible. Mais à 6 ans j’ai préféré enfouir mon être pour survivre en terrain hostile, le monde extérieur, et affronter son bras droit, les autres. Et je n’avais qu’une solution être en dehors moi. J’ai traversé les années ainsi, prenant peu à peu du poids, toujours plus. Je suis devenue obèse. Fallait surtout pas que l’on sache ce que je (ME) cachais alors tous les moyens étaient bons pour détourner l’attention. Et puis je me sentais coupable, tellement coupable sans savoir pourquoi. Au début j’avais mis cela sur le dos de mon exemplaire éducation chrétienne. Je pense que dans le fond je me sentais coupable de ne pas être moi et comme je suis entière, porter tout ce poids ne devait pas simplement être un symbole mais une réalité. Et heureusement parce qu’il a été le fil invisible qui gardait le lien avec celle que j’avais fait taire.

A 15 ans, sans trop savoir comment, j’ai eu ma première histoire d’amour avec ma meilleure amie. Un nouveau monde s’ouvrait, celui des possibles. Avant que le «ce n’est pas possible» surgisse à nouveau avec la figure parentale. Découvertes, on nous a interdit de nous voir. On se voyait en cachette, on se donnait des lettres. Découvertes à nouveau nous n’y avons pas survécu. Je perdais mon amoureuse et ma meilleure amie. Et tout cela sans savoir réellement de quoi il s’agissait, sans pouvoir mettre un mot sur ce sentiment d’injustice. Et dans le secret et silence absolus. Je lui en ai longtemps voulu de ne pas avoir lutté parce que je pensais avoir tout fait pour la revoir. En fait je ne sais toujours pas ce que nos parents se sont dit ce soir là, ni ce qu’elle a vécu et ni comment. Maintenant que je peux le comprendre  je ne lui en veux plus et j’espère qu’elle a traversé cela sans trop s’abîmer.

Après, j’ai eu la presque parfaite vie d’hétéro. J’ai couché avec plein de garçons et j’ai eu beaucoup de plaisir. Je me suis mariée et j’ai été follement amoureuse d’un mec. La vie a toujours beaucoup plus d’imagination que nous. A 31 ans j’ai voulu essayer avec une fille. Par curiosité ( Et dire que je croyais vraiment qu’il ne s’agissait que de cela !). J’avais même complètement oublié mon amour d’adolescente. Et forcément, j’ai adoré. Je l’ai dit au bout d’un an à mes proches qui ont bien réagi. Cependant je ne m’acceptais pas. J’avais tout ce poids qui m’empêchait d’être qui j’étais, de me sentir bien, d’avoir confiance en moi et j’avais peur de qui je pouvais être. Je mettais un point d’honneur à dire je ne suis pas comme «ça», les lesbiennes sont bizarres, je ne me reconnais pas là dedans, etc. Je me dis que si mon entourage a si bien réagi c’est aussi en partie pour cela : je n’étais pas dans l’affirmation de moi, de ma différence, je ne posais pas un modèle différent devant leurs yeux. J’étais la lesbienne invisible, celle qui fait dire aux autres «tout se passe bien, je connais une lesbienne, je ne suis pas homophobe». J’étais la lesbienne rassurante. Mais je n’étais pas heureuse. J’ai fait une dépression, je me détestais tellement, vivre était une souffrance. Je n’aimais pas celle que j’étais, je n’aimais pas mon image, mon corps. Je me faisais du mal, laissais les autres m’en faire. J’avais tellement grossi que je n’arrivais presque plus à marcher, je n’aimais plus sortir parce que la violence que je recevais de l’extérieur m’épuisait. J’avais tiré un trait sur les meufs me disant que de toutes manières elles ne pourraient pas aimer mon corps. J’avais adopté un chihuahua, Otto. Le décalage avec son corps et le mien était si significatif qu’il en était presque grotesque. Otto m’a réconciliée avec la vie. En prenant soin de lui j’ai peu à peu eu envie de prendre soin de moi. Mes copines m’ont aussi aidé en me faisant comprendre qu’il fallait que j’agisse. Un jour, j’en ai eu marre et je me suis dit avant de penser au mal que te font les autres pense au mal que tu te fais. J’ai changé radicalement mon alimentation, j’ai fait du sport. J’ai perdu plus de 70 kg en deux ans. Toujours pas réconciliée avec mon corps. mais j’allais mieux. L’envie de revenir vers les filles arriva à nouveau. Je revoyais une meuf avec qui j’avais eu une relation les années précédentes et avec qui j’avais été assez injuste. Mais là ça se passait mieux, j’avais évolué. Pourtant je n’assumais toujours pas. Les choses se sont dégradées. Et elle m’a quittée. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je ne la remercierai jamais assez en fait.

C’était le bon moment pour aborder enfin la question. J’ai lutté ces derniers mois, tellement lutté avec moi même. Je ne voulais pas la perdre ni me perdre à nouveau. Et puis j’ai décidé de me regarder, de m’écouter, de ne plus avoir peur de l’extérieur, de me concentrer sur moi, de découvrir mon monde intérieur. J’ai apprivoisé qui j’étais. J’ai eu peur mais l’amour m’a rendue forte. Parce qu’il n’est question que d’amour. J’avais devant moi une femme qui m’aimait et que je n’arrivais pas à aimer parce que je ne m’aimais pas. Je pensais que perdre du poids réglerait tous mes problèmes. Alors j’ai voulu comprendre. J’ai du regarder toutes les séries avec des gouines, lire tout ce que je trouvais sur le sujet. Je me suis remise en question et je me suis enfin ouverte. Et puis il y a eu Monique Wittig. Putain ! Wittig quoi ! La pensée straight a révolutionné complètement ce que je suis devenue. Enfin j’avais le moyen de me comprendre, le chemin pour déconstruire. J’avais lu Nietzsche mais cela restait trop vague et pas assez spécifique. J’ai découvert le concept d’ hétéronormé et j’ai pu déculpabiliser. La fameuse phrase de Platon « connais toi toi-même » (inscrite à l’entrée du temple de Delphes ! ) prend tout son sens à présent. J’ai découvert le féminisme intersectionnel, Audre Lorde, Roma Guy, Francoise Héritier, le militantisme et les AG féministes, la pensée queer et les études de genre. J’ai découvert un monde à moi, où je peux exister, où je me reconnais. J’ai recommencé à écrire, à créer. Je me suis reprise là où je m’étais laissé à 15 ans.

Alors j’ai enfin pu revenir vers la femme que j’aime pour les bonnes raisons. Je suis devenue libre d’être moi avec la possibilité d’inventer notre relation au jour le jour et de me réinventer. Déconstruire. S’affirmer. C’est quand on s’affirme que l’on dérange les autres. J’ai appris à dire NON, non à tout ce qui m’empêche d’exister, à tout ce qui est contre mon éthique, à toutes les valeurs inversées, à tout ce qui vient de l’extérieur et tend à m’éloigner de moi. La norme ne sera jamais mon repère tant qu’elle sera injuste. Affirmer qui je suis c’est mon vrai coming out. Dire non ne fait pas plaisir aux autres, mais ce n’est pas grave au fond parce que je ne cherche plus à faire plaisir ni à plaire. Je ne cherche plus l’autorisation d’exister je me la donne. Même s’il y a eu des cassures, elles ont été nécessaires et beaucoup moins douloureuses parce que je ne me trahis plus. Et cela me rend terriblement heureuse. Si on me dit tu en fais trop je souris intérieurement encore plus confiante. Tant que l’on me dira tu en fais trop, je me battrais encore plus fort pour affirmer qui je suis, parce que cela veut dire que l’on ne nous accepte pas. Les hétéros n’en font pas trop lorsqu’ils s’embrassent en public ni lorsqu’ils se marient. Alors pourquoi une gouine, unE trans, un pédé, unE bi en ferait trop ? La nécessité de faire encore son coming out en 2017 pose encore le problème de l’acceptation. Tout ne tient qu’à un fil et rien n’est acquis, jamais.

Je prends le risque d’être heureuse. Même si au début ça fait peur, même si on ne sait pas par où commencer, il faut se faire confiance. Je ne savais même pas que cela est à ce point possible et je n’ai pas envie que quelqu’unE ressente ce que j’ai ressenti et se tourne le dos. Parce qu’en 2017, l’homophobie, la transphobie et la biphobie sont encore de mise et font des ravages. En 2017, il y a la Tchétchénie, l’Equateur. En 2017 il y a une augmentation des agressions Homophobes et transphobes en France. En 2017 tout nous pousse à nous diviser, nous opposer et nous faire croire que nos différences sont une menace. Mais en 2017 tout est encore possible.

Je remercie toutes les personnes qui ont lutté pour nos droits, qui ont eu le courage d’être elles mêmes, qui à Stonewall ont dit NON et qui se sont dressées contre l’oppression, l’injustice et l’inégalité. Je remercie toutes ces personnes qui m’ont permise de ne pas me sentir seule et travaillent à sauvegarder notre histoire en nous rendant notre visibilité. Parce que nous sommes là, de partout, depuis toujours. Je remercie ma mère de m’avoir appris qu’il faut se battre, que l’amour est plus important que tout et d’être ce qu’elle est. Je remercie ma meuf parce qu’elle m’a appris à aimer et m’a donné la possibilité d’avoir accès à moi. Je me remercie de m’être donné le droit d’exister et d’apprendre à m’aimer. Je remercie mes amiEs, les ancienNEs et nouveauxLles. Je remercie Otto de son amour et de tout ce qu’il m’apprend en étant lui même.

Tout à l’heure je vais marcher fière dans les rues de Paris avec des milliers d’autres, en tenant la main de la meuf que j’aime. Mon baptême gouine. Entourée d’amour, je marcherai pour ceux qui n’ont pas pu marcher, pour ceuxLles qui doivent encore se cacher, pour ceuxLles qui n’espèrent plus, pour ceux qui en sont morts, pour ceuxLles qui n’osent pas encore. Parce que nous sommes là, de partout, pour toujours et que nous ne sommes pas seulEs. Parce que tout est possible. Encore. Toujours. Je nous souhaite d’être heureux, beaucoup d’amour et d’espoir.

Aujourd’hui, je célèbre 40 ans de marches, 40 ans de luttes et je pense à Cyril Collard qui m’a montrée que c’était possible, qui m’a donnée envie de faire du cinéma. Je repense aux derniers mots des nuits fauves, et à l’espoir. Et l’amour.

Parce qu’il n’est question que d’Amour.